Collectie van onzekerheden

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Marie Lécrivain & Colm O'Neill

v2: 25.06.2020

Collection of uncertainties

di.versions.space/collection-of-uncertainties

The Collection of uncertainties finds its source in the Belgian digitized heritage collections made public. Thanks to the online catalogues and the progressive digitization of the collections, the search opens up not only to scientific classifications and descriptions but also to the “notes” or “remarks” of the notice. Hence, facilitating cross-referencing and mixing of the keywords from the thesaurus with elements entered more freely. Thus, paradoxically, the more details the scientist or archivist provides - by annotating and thereby introducing nuances - on the origin of an object, the more the fields of the probable, the unsolved and the possible open up to us. Objects sometimes frozen at a date or function can now become objects illustrating doubt, another possible or unclear story. The Collection of uncertainties is composed of all items whose notice contains vocabulary with an uncertain tendency, i.e. words such as “probable”, “probably”, “undoubtedly”, “perhaps”, “almost”, “sometimes”, “uncertain”, etc., in French, Dutch or English. It consists of about ten to a few thousand “articles” depending on the languages or levels of uncertainty chosen, with no identical results for translated or similar words. Depending on the additions or modifications, the Collection of uncertainties is in perpetual evolution, much like knowledge, it evolves according to the uncertain knowledge and recognition of the scientific world.

A conversation with Marie and Colm about La collection des incertitudes recorded in June 2020

Incertitudes screenshot02.png

v1: 10.10.2019

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Le projet de Marie Lécrivain et Colm o'Neil, La collection des incertitudes, interroge le vocabulaire de l'incertitude, en plusieurs langues, tel qu'il est inscrit dans la base de données Carmentis qui rassemble les collections des Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles. Il met en avant des textes qui sont généralement cachés au fond des bases de données de musées à travers plusieurs modes de navigation. L'internaute découvre la proposition des artistes à partir d'une interface dynamique où textes et images sont disposés en face-à-face avec les mots issus du champ lexical du doute et de l'incertitude qui apparaissent dans une autre couleur. Le résultat mêle des objets issus de collections, d'époques et d'usages hétérogènes. Il est également possible de prendre connaissance du projet à travers des graphiques ainsi que d'afficher des notices rassemblées par mots-clé. Ces données sont issues d'opérations de scraping méthodiques de la base de données accessible en ligne, à plusieurs reprises (2019 et 2020), ce qui permet de voir l'évolution des notices.

Ces notices de catalogue muséaux sont composées de nombreux éléments (des textes mais aussi des images) qui ensemble permettent d'identifier les objets présents dans les collections. Cette identification concerne l'objet même, avec les informations sur sa création et son usage avant d'entrer au musée (provenance, matériaux, datation, dimension, description, technique, contexte de la collecte...) mais aussi la gestion des collections une fois l'objet acquis (collection à l'intérieur du musée, numéro d'inventaire, stockage, historique de monstration et prêt, actions de conservation, etc). Certaines de ces informations ne sont pas rendues publiques à travers les interfaces de collection en ligne, et seules celles accessibles sont visibles dans le projet de Marie Lécrivain et Colm o'Neil.

Les formes d'incertitudes rencontrées sont multiples, qu'elles concernent les objets (leurs provenances, matériaux ou usages) ou des remarques plus générales sur les contextes autour des œuvres. Le dispositif expérimental des artistes permet de rechercher des mots issus du français, du néerlandais et de l'anglais, montrant les différentes façons d'exprimer l'incertitude, ainsi que le travail au quotidien dans des institutions multilingues. Les descriptions sélectionnées permettent aussi de porter un autre regard sur le travail de gestion des collections (lorsque de nombreux objets ont le même nom par exemple ou bien des séries ont le même descriptif). Une opération aussi banale qu'un copier-coller dans la base de données prend une autre signification, et le modèle du musée basé sur des œuvres exceptionnelles éclairées de manière spectaculaire est en opposition avec la réalité de l'institution et ses nombreuses réserves remplies d'objets quasi similaires.

En portant attention aux œuvres d'une autre manière qu'une visite de musée ou qu'une navigation dans une collection en ligne d'œuvres numérisées, le projet permet de saisir ce qui relève de l'hypothèse dans le discours muséal sur les objets qui le composent. Le projet ne cherche pas à déterminer ce qui manque : ainsi les nombreux champs vides des notices des objets ne sont pas mis en avant par La collection des incertitudes, ni des termes comme "inconnu" ne font l'objet d'extraction de données. Le doute ou l'incertitude crée un rapport plus subtil, plus ambigu, plus frictionnel avec l'institution muséale comme lieu de pouvoir, héritière d'une approche colonialiste de l'accumulation de capital économique, politique, culturel et symbolique. La collection des incertitudes fait apparaître les zones grises, les zones de négociation, de transaction, en jeu dans la pratique scientifique sur les objets à l'intérieur même du musée. Celui-ci se présente comme le lieu immuable du savoir sur les objets, par le biais des systèmes de classification de ceux-ci contemporains et héritiers du projet colonial. Les modes de constitution des collections en sont profondément imprégnés, quelle que soit la provenance ou la date des éléments qui la constituent. La numérisation des collections en est la continuation, malgré le souhait d'une plus grande accessibilité du savoir. Les fantômes coloniaux se nichent dans les recoins de Carmentis, et le dispositif expérimental de Marie Lécrivain et Colm O'Neil permet d'en voir quelques uns, comme une étape d'une profonde transformation à mener afin de les déloger.

Anne Laforet, October 2020