Afrique aux noirs

From DiVersions
Jump to navigation Jump to search

Mise en Valeur et Omission[edit]

Elodie Mugrefya[edit]

L’Afrique Aux Noirs est un texte écrit par Paul Otlet, personnage devenu familier chez Constant. En effet, précédents projets Constant, Algolit et Mondothèque, avaient approché le Mundaneum ainsi que le travail de Otlet de manières variées. Paul Otlet devint ces vingt dernières années une figure célébrée de l’intellectualisme belge, romantiquement dépeint comme un héro tragique, l’éternel génie incompris.[1] Les recherches que j’ai effectuées sur ce personnage m’ont dressé le portrait d’un homme brillant, passionné et bienveillant, en somme toute une personne remarquable. Effectivement, il fût défini entre autres comme un universaliste, un utopiste, un documentaliste, un internationaliste,[2] un pacifiste, un militant socialiste et un visionnaire.[3] Ce texte obscur titré ‘L’Afrique Aux Noirs’ écrit lorsque Otlet avait 19 ans ne semble n’avoir jamais provoqué de questionnement quant à ce beau tableau. Je ne suis pas parvenue à trouver de commentaires ou critiques portés à l’égard de ce texte. Pareillement, les projets Constant précédemment cités se sont contenté de simple mentions, comme si le texte ne mériterait pas que l’on s’y attarde ; comme si il n’était en aucun cas le reflet de la personne qu’était Paul Otlet et de l’héritage dans lequel ce dernier se positionna.

Mon argument postule que le texte ‘L’Afrique Aux Noirs’ est tout aussi signifiant que les autres textes, œuvres et projets de Paul Otlet. Il n’est pas non plus un faux-pas embarrassant pouvant être ignoré sous prétexte d’une faute de jeunesse. Si à aucun moment de sa carrière Otlet ne reviendra sur ses propos, c’est parce qu’au contraire il les confirmera au travers de ses projets professionnels. Le portrait romantique qui fût dressé pour qualifier Otlet semble avoir rendu difficile tout criticisme, provoquant une sorte d’aveuglement délibéré envers les éléments ayant le potentiel d’obscurcir ce beau portrait. ‘L’Afrique Aux Noirs’, je soutiens, est une manifestation, parmi d’autres, du caractère profondément raciste de la personne de Paul Otlet.

Estampiller un individu de raciste est toujours hasardeux car premièrement cela cause des émois démesurés dont la force est telle que la suite de l’argument ne peut tout bonnement plus être entendue. Secondairement, c’est effectivement dangereux car cela peut engendrer un encastrement, une fois de plus, du racisme dans un schéma de pensée extrêmement problématique délimitant le racisme comme phénomène essentiellement individuel. En clair, que le problème du racisme est un problème de comportement des individus les uns avec les autres et non un mécanisme largement systémique. Je vais tenter d’avancer l’argument duquel la personne mais aussi l’héritage de Paul Otlet est foncièrement raciste. Ceci ne veut pas dire que ce dernier passait son temps libre à couper des mains noires, bien qu’il fût très élogieux à propos d’un tel système mis en place par le roi Léopold II,[4] mais plutôt qu’il a activement participé à une entreprise de déshumanisation dantesque des populations non blanches, et tout particulièrement noires, grâce à laquelle les souffrances et les injustices vécues hier et aujourd’hui par ces populations s’y retrouvent légitimées et normalisées. Otlet fût d’ailleurs si favorable à l’œuvre de Léopold II qu’il aspirait à construire le Palais Mondial dans le parc de Tervuren, tout proche de ce qui était appelé à l’époque le Palais du Congo.[5] De ce fait, il semble qu’il constatait lui-même d’une véritable affiliation entre le Palais Mondial et le projet colonial Léopoldien et souhaitait souligner ceci de par un lien physique de proximité.

Le texte ‘L’Afrique Aux Noirs’ démarre sur la constatation d’un mouvement naissant aux États-Unis. Ce mouvement prône un retour de la communauté noire américaine à la terre natale africaine. Le leader de ce mouvement prêche un retour en Afrique afin de brûler les « faux dieux » africains et d’y « convertir les cannibales au christianisme ». Otlet encense ce mouvement, reconnaissant que la communauté noire américaine ne sera jamais respectée ni intégrée dans une pays où elle fût brutalement exploitée pendant des siècles d’esclavagisme. Il appelle alors la Belgique à prendre part dans ce mouvement en tant qu’état ayant déjà accompli « une œuvre humanitaire et chrétienne » au Congo. Cependant, il avertit du danger de mêler la civilisation belge, si complexe et raffinée avec l’africaine, si « sauvage ». Le rôle de la Belgique selon Otlet serait alors de servir de tutelle aux populations noires afin de s’assurer d’une évolution favorable des choses. Cette population noire américaine ayant déjà été en contact avec une « civilisation avancée » aurait dès lors la capacité de sortir ses compatriotes noir.e.s de la « barbarie africaine ». Otlet termine par encourager Léopold II à prendre les devants et à inviter ces nouveaux venus au Congo afin de leur offrir des terres et faciliter l’épanouissement d’une société africaine. Il y a j’estime deux points principaux à retirer de ce texte. Premièrement que les Africain.e.s sont d’une nature foncièrement mauvaise, puisque barbare et immorale, ainsi qu’incapables d’agir en autodétermination et pour leur propre bien, sans l’aide des populations occidentales blanches. Le second point est que Otlet se montre, sans aucune ambiguïté, très favorable à l’entreprise colonialiste, ce qui est évidemment tout à fait lié au premier point.

Lorsque que je m’attaquai à l’étude du texte ‘L’Afrique Aux Noirs’, deux formes de défenses me furent exprimées à plusieurs occasions par des personnes très variées. Il m’a donc paru essentiel de centrer mon argumentaire sur ces réactions en m’y opposant fermement car l’occurrence avec laquelle elles me furent articulées me fut plus que déconcertante. La première défense, et la plus insupportable, consiste à excuser Otlet et ses propos sordides car ils seraient, après tout, le reflet d’une époque et non d’un homme. La seconde défense revient à absoudre le personnage du fait de son jeune âge lors de l’écriture du texte ‘L’Afrique Aux Noirs’, Otlet avait alors 19 ans à l’époque.

Je tiens à écarter le premier argument typique qui prend forme, sans exception aucune, lors de la formulation d’une déconstruction de textes de figures européennes d’antan. Je refuse tout bonnement l’exposé selon lequel il faudrait re-contextualiser les propos d’Otlet au sein de son époque, celle-ci environnant la fin du 19ème siècle et le début du 20ème (1868-1944). Cet argument a pour effet infernal de situer le point de vue blanc européen comme valeur par défaut au sein duquel l’autre, le noir, y est l’étrange, le sauvage, le vilain. Grâce à cette paresse de réflexion, la haine, le mépris et la violence envers l’Africain.e se retrouvent excusés, normalisés, acceptés. Ce point de vue européen se présente comme point cardinal de la pensée intellectuelle avec ses atrocités expiées sous couvert d’une prétendue exceptionnalité des Européen.e.s blanc.he.s. C’est précisément ce positionnement qui a produit la croyance qu’en tant que point cardinal, l’Occident se donne alors le droit, le devoir même, de régner sur le reste du monde, d’y arbitrer ce qui est bon, ce qui ne l’est pas, de décider de ceux qui vivent et de ceux qui ne vivent pas. C’est d’ailleurs la posture prédominante qu’emprunte Otlet dans son texte. Il y parle d’une Europe colonisatrice et civilisatrice qui se doit de prendre part dans les affaires des Africain.e.s et noir.e.s Américain.e.s, en tant qu’agent de modernité et de progrès. Otlet est explicite quand il soutient l’énoncé selon lequel il existe un antagonisme profond entre Européen.e.s, représentant la complexité, la finesse, l’intelligence et les Africain.e.s représentant la sauvagerie, barbarie et la déchéance morale et intellectuelle. Ce sont ses mots, pas les miens.[6]

Ceci n’est pas pour prétendre que la hiérarchisation de l’humanité fut une pratique exclusivement européenne. Mais, c’est en Europe que cette prétendue inhérente infériorité de certaines populations fût si profondément admise comme vérité absolue que des générations entières de scientifiques travaillèrent à la prouver par le biais d’une présumée rigueur scientifique.[7] L’infériorité des noir.e.s n’est donc plus juste une justification toute trouvée pour l’exploitation esclavagiste mais devint alors une réalité scientifique.

J’appris à l’école, comme probablement la plupart des enfants européens, que l’Europe doit sa grandeur aux avancées qui ont pris place lors du glorieux siècle des Lumières. Cette période me fut définie comme la véritable ascension de l’esprit humain et de son exceptionnalité. Ce triomphe de l’esprit ne prit place bien sûr qu’en Europe. C’est à ce siècle glorieux des Lumières que l’on doit le début de travaux sur les races humaines, alors que les scientifiques européens entrèrent dans une ère de classification frénétique. Tout devait pouvoir être rangé dans des catégories : les plantes, les roches, les animaux et les humain.e.s.[8]

C’est d’ailleurs sur cette logique classificatrice qu’est basé le modèle des institutions d’héritage culturel et scientifique comme les musées. Les collections muséales reflètent la rencontre entre cette appétence pour la classification avec les pulsions européennes d’accumulation extrême ; conjonction symbolisant d’ailleurs formidablement bien l’œuvre de Otlet. Et Otlet, cet « homme qui voulait classer le monde » (appellation utilisée par Françoise Levie faisant appel à un romantisme naïf exacerbé) s’est effectivement attelé à classifier et collecter tout ce qu’il pouvait, nourrissant ainsi l’idée que les Européen.e.s se doivent d’avoir accès à toutes choses et tous savoirs en tant que bienfaiteur.rice.s de l’humanité. Ce titre du documentaire de Françoise Levie est un exemple éclatant de la naïveté blanche avec laquelle l’œuvre de Otlet fut approchée jusqu’ici. Le problème ici tient surtout dans l’articulation d’un tel surnom comme d’un attribut implicitement bon, niant ainsi complètement les idéologies nées des déploiements de la classification comme la physiognomonie, la phrénologie, le racialisme ainsi que leurs héritages brutaux.

La scientifisation du racisme opéra un virement de logique fondamental dans la propagation du racisme anti-noir.e.s grâce auquel non seulement l’esclavagisme fut légitimé mais aussi tout système d’oppression visant les personnes noires. Cette rhétorique d’infériorité, fondamentalement liée aux travaux de construction de la notion de race, servit de marquage pour tout ce qui appartient à l’univers du non-blanc. Les noir.e.s, les jaunes, les rouges etc devenant alors tou.te.s des figures de « l’autre » par rapport au blanc. Ainsi, émerge le système invisible de la whiteness, où le blanc n’y est ni défini ni catégorisé car il en est le point neutre et peut ainsi catégorisé le reste de l’humanité. Mon refus de ce premier argument précité, produit d’une logique eurocentriste, est un geste indispensable afin de parvenir à effleurer l’expérience violente de l’altérité dans laquelle les personnes considérées comme extérieures au canon blanc furent et sont toujours enfermées par l’Occident.

Afin d’enterrer une bonne fois pour toute l’argument de l’époque, je tiens aussi à souligner sa fausseté factuelle. Déjà à l’époque même où Otlet arborait fièrement son dégoût de l’Africain.e sous couleur d’une fausse scientificité, plusieurs penseurs Africains et Européens avaient déjà couché des écrits révolutionnaires, antiesclavagistes et anti-racistes sur papiers.[9] Par exemple Olaudah Equiano, re-baptisé Gustavus Vassa, écrivit son autobiographie « The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano » en 1789, soit 100 ans avant ‘L’Afrique Aux Noirs’, qui devint un best-seller dans les années de sa publication. Cet ouvrage est le premier acompte direct de l’expérience de l’esclavagisme par un ancien esclave. Cette autobiographie fut publiée dans plusieurs pays européens et fut considérée comme avoir contribué à la poussée du sentiment anti-esclavagiste en Europe et aux États-Unis.[10] Il apparaît alors que Otlet n’était donc même pas un homme de son époque, durant laquelle il existait de la documentation contredisant ses préconceptions racistes estimant l’infériorité intellectuelle des personnes noires. Il est impératif de juger durement Otlet du fait qu’il eut un accès aux savoirs du monde considérablement privilégié et se disait vouloir créer un porte d’entrée vers ces savoirs.

De ce fait, si la pensée antiraciste était déjà disponible à l’époque de Otlet, cela démontre à quel point son racisme n’était pas un défaut d’époque mais plutôt un refus tout à fait conscient d’affronter ses conceptions racistes profondément ancrées dans l’héritage de la pensée européenne. En effet, si je parle d’affronter ce n’est pas par hasard car si Otlet, et bien d’autres intellectuels européens, en venait à admettre que les Africain.e.s étaient effectivement égaux aux blancs, c’est tout le système colonial qui perd de sa splendeur civilisatrice pour ne devenir qu’une entreprise monstrueuse entraînée purement et simplement par la machinerie capitaliste. Où pourrait alors se situer les belles pensées des Lumières qui théorisent la liberté individuelle comme élément naturel des humain.e.s si les Africain.e.s sont effectivement des humain.e.s aussi ? En effet, l’ambition des Lumières selon Immanuel Kant, qui est cité à de nombreuses reprises dans les travaux de Otlet[11] et est considéré comme personnage majeur du mouvement des Lumières[12], fut articulée ainsi :

«Les Lumières c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l’entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. Apere aude! Aie le courage de te servir de ton propre entendement! Tel est la devise des Lumières »[13]

De ce fait, véritablement considérer les Africain.e.s comme humain.e.s met sérieusement à mal les fondements des Lumières. La déshumanisation des Africain.e.s devait être rendue réelle afin de pouvoir perpétuer les atrocités tout en gardant la grandeur humaniste articulée par les Lumières. Cornel West et Achille Mbembe, dans leur critique de l’esclavagisme et du colonialisme attirent brillamment l’attention sur ce point :

« La suprématie blanche fait partie intégrante du progrès européen, et l’odieux esclavage des Africains est une précondition des percées progressistes du monde moderne »[14]

« Progéniture de la démocratie, le monde colonial n’était pas l’antithèse de l’ordre démocratique. Il en a toujours été le double, ou encore la face nocturne. Il n’y a pas de démocratie sans son double, sa colonie, peu importe le nom et la structure »[15]

Pour conclure cet argument, je tiens à signifier à quel point il est essentiel de refuser la justification du racisme de Otlet de par sa position temporale. L’accent doit être mis sur la part active que ce dernier a occupé dans un système qui a tué, torturé et asservis des millions de personnes jusqu’à aujourd’hui, en nourrissant l’idée que les Africain.e.s sont des sous humain.e.s, de la chair à asservir. Cette déshumanisation des Africain.e.s fût une stratégie si efficace, qu’aujourd’hui encore lorsqu’on entre en son contact comme via le texte de Otlet, elle ne provoque rien de plus qu’un haussement d’épaule excusant la haine et le mépris d’antan. Comme si cette entreprise de déshumanisation n’avait aujourd’hui encore aucune sorte d’influence sur la société.

Aussi, je m’attaque à présent au second argument utilisant le relatif jeune âge de Otlet lors de l’écriture du texte comme gage d’excuse. Je dispute ce très faible argument résultat d’une véritable réticence à regarder le problème en face. La simple lecture du livre « Monde : Essai d’Universalisme », écrit par Otlet en 1935, où il avait alors 67 ans, révèle sans détours l’inconséquence de cet argument. En voici quelques extraits :

« Par contre, il faut distinguer avec soin de nos races supérieures les races vraiment inférieures, à cerveau plus petit, comme les Weddas, les Axas, les nègres, etc. Ici l’erreur n’est plus possible : le métissage qui est bon chez les races européennes devient mauvais chez les mulâtres. »[16]

« Les races, pour autant qu’elles ont pu être observées, donnent lieu à des caractéristiques propres. Ainsi, dans l’espèce nègre, le cerveau est moins développé que dans l’espèce blanche, les circonvolutions sont moins profondes et les nerfs qui émanent de ce centre pour se répandre dans les organes des sens sont beaucoup plus volumineux. De là un degré de perfection bien plus prononcé dans les organes, de sorte que ceux-ci paraissent avoir en plus ce que l’intelligence possède en moins. »[17]

Il est difficile de ne pas noter ici le mépris presque fétichiste de Otlet envers les personnes noires lorsqu’il prend la peine de nommer distinctement deux ethnies (les Awas d’Amazonie et les Veddas du Sri Lanka) tout en se référant très largement aux « nègres » ratissant, je l’imagine, quelques milliers d’ethnies différentes originaires d’Afrique. Ce fétichisme haineux de l’Africain est trouvable à chaque recoins de l’héritage glorieux européen duquel Norman Ajari dans son livre dévastateur, « La Dignité ou la Mort », s’est attelé à mettre en lumière. Parmi les intellectuels étudiés figure notamment Kant chez qui l’on retrouve la même image fantasmée du sauvage que dans les écrits de Otlet :

« Les Nègres d’Afrique n’ont reçu de la nature aucun sentiment qui s’élève au-dessus de la niaiserie. Parmi les blancs, au contraire, il est constant que certains s’élèvent de la plus basse populace et acquièrent une certaine considération dans le monde grâce à l’excellence de de leurs dons supérieurs. Si essentielle est la différence entre ces deux races humaines ! Et elle semble aussi grande quant aux facultés de l’esprit que selon la couleur de peau »

« C’est ainsi qu’on voit apparaître le Nègre qui est bien adapté à son climat, à savoir fort, charnu, agile ; mais qui, du fait de l’abondance matérielle dont bénéficie son pays natal, est encore paresseux, mou et frivole »[18]

La similitude des idées ainsi que le langage utilisé sont furieusement marquants et démontrent à quel point Otlet ne faisait pas appel à une quelconque imagination personnelle mais plutôt à son héritage européen propre enraciné dans les travaux de penseurs racistes tels que Kant.

Ces deux arguments dont je me suis attelée à déconstruire démontrent les gymnastiques rhétoriques auxquelles certain.e.s sont prêt.e.s à se livrer afin de garder intact un héritage européen glorieux, mais fantasmé. Héritage dont certains personnages en seraient les références majeures, les rendant ainsi intouchables. Il est effectivement difficile de confronter son propre héritage car il a fait, après tout, ce que nous sommes. Ou du moins c’est ce que l’on nous apprend :

  • La Belgique est née en 1830
  • La Belgique est une royauté
  • La Belgique a donné naissance à de grands noms dont on se doit d’être fier : Jacques Brel, Hergé, Sœur Emmanuelle, Paul Otlet etc
  • La Belgique fut à la tête d’un empire 60 fois plus grand que la Belgique grâce au Roi Leopold II
  • ...

Cet héritage, on nous l’enseigne de façon à ce que l’on apprenne à le chérir afin de maintenir cette idée fantasmée d’une nation, d’une singularité formée ensemble. Ainsi, l’on est capable de reconnaître ceux qui en font partie et ceux qui n’en font pas mais également cela nous pousse à rester sur nos gardes tant au respect de cet héritage. Et si cet héritage est ce que nous sommes, nous nous devons de nous opposer face à ce qui pourrait l’altérer. Sachant cela, il est à présent plus facile de comprendre ces pauvres bougres au Musée de Tervuren (c’est un choix conscient de ne pas l’appeler par son nouveau nom que je considère insultant) qui s’agrippent frénétiquement à cette image poussiéreuse de père civilisateur pour Léopold II, tel un naufragé se cramponne à sa bouée. Ou encore le public qui se scandalise aux demandes de retrait des statues représentant des hommes, dont Leopold II, qui furent les meneurs d’un des régimes les plus meurtriers de l’histoire avec une estimation de 10 millions de personnes tuées.[19] Pourtant, régulièrement on s’offusque : des chants racistes à un festival de musique[20], des fêtards en habits de colons[21], des étudiant.e.s en blackface [22] et il y en aura d’autres, j’en suis persuadée. On s’offusque puis on oublie jusqu’à la prochaine fois. Car là est le problème, rien dans notre société belge ne donne tort à ces « incidents » racistes qui de ce fait sont condamnés à se répéter en tant que micro-évènements foncièrement révélateurs d’un système d’oppression qui n’est pas prêt de bouger. C’est aussi, de mon point de vue, ce protectorat qui nous fait rentrer dans une sorte de crise identitaire dans les institutions culturelles. La véritable raison d’être des institutions, la protection de l’héritage belge, est tout à coup remise en question et les institutions sont montrées du doigt. Mais que devient une institution, un musée si il reconnaît que son existence même est la manifestation d’un système d’une violence inouïe et que son activité propre est un composant de cette violence ?

Le silence autour du texte ‘L’Afrique Aux Noirs’ est une manifestation d’un protectorat enragé envers un héritage fantasmé, faisant alors naître une volonté presque naturelle de dégager le texte d’un geste de la main afin de pouvoir se concentrer sur le bon, le véritable héritage de Paul Otlet. Comme si cela n’était pas un ensemble qu’il faille envisager dans son intégralité afin d’y débusquer la nature profondément raciste et coloniale chez la personne et dans l’héritage de Otlet. L’étude de canons européens tels que Otlet ou Kant, dans le contexte européen, fonctionne par mise en valeur et omission, révélant d’un côté un privilège certain chez ceux.celles qui peuvent se permettre d’ignorer les idées haineuses, et de l’autre, la violence qui agit sur ceux.celles qui ne peuvent tout bonnement pas fermer les yeux.

  1. https://artsandculture.google.com/exhibit/QQ8iak0D https://www.google.com/doodles/mundaneum-co-founder-paul-otlets-147th-birthday https://daily.jstor.org/internet-before-internet-paul-otlet/ https://www.lepoint.fr/high-tech-internet/doodle-google-celebre-paul-otlet-le-cofondateur-belge-du-mundaneum-23-08-2015-1958561_47.php https://www.altaplana.be/en/dictionary/otlet-paul https://www.cairn.info/revue-de-la-bibliotheque-nationale-de-france-2012-3-page-5.htm
  2. Un Livre Irradiant, la Mondothèque, p210
  3. https://en.wikipedia.org/wiki/Paul_Otlet
  4. Paul Otlet, ‘L’Afrique Aux Noirs’, 1888, p1-2
  5. L’homme qui voulait classer le monde, Françoise Levie (26min30 à 26min55) https://www.youtube.com/watch?v=HieMJSgnkSE
  6. Paul Otlet, ‘L’Afrique Aux Noirs’, 1888, p1
  7. « Skulls in print: scientific racism in the transatlantic world » https://www.cam.ac.uk/research/news/skulls-in-print-scientific-racism-in-the-transatlantic-world « A brief history of the enduring phony science that perpetuates white supremacy » https://www.washingtonpost.com/local/a-brief-history-of-the-enduring-phony-science-that-perpetuates-white-supremacy/2019/04/29/20e6aef0-5aeb-11e9-a00e-050dc7b82693_story.html
  8. Podcast Scene on Radio – Series : Seeing White, épisode 8 (7min25 à 8min03)
  9. Podcast Scene on Radio – Series : Seeing White, épisode 4 (10min12 à 12min50)
  10. https://en.wikipedia.org/wiki/Olaudah_Equiano
  11. Monde : Essai d’Universalisme. L’Homme », 1935, Paul Otlet, p17 « Monde : Essai d’Universalisme. La Société », 1935, Paul Otlet, p191 & P193 « Monde : Essai d’Universalisme. Le Monde selon l’espace », 1935, Paul Otlet, p6 & p7 « Monde : Essai d’Universalisme. Le Monde au point de vue du sujet : le Moi », 1935, Paul Otlet, p12 « Monde : Essai d’Universalisme. L’Inconne. Le Mystère », 1935, Paul Otlet, p6
  12. https://www.britannica.com/biography/Immanuel-Kant
  13. Immanuel Kant. Réponse à la question : Qu’est-ce que les Lumières ? https://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Quest-ce-que-les-Lumi%C3%A8res%EF%80%A5-1784.pdf
  14. Cornel West cité dans Norman Ajari « La Dignité ou la Mort » Editions La Découverte, 2019, p81
  15. Achille Mbembe cité dans Norman Ajari « La Dignité ou la Mort » Editions La Découverte, 2019, p62
  16. « Monde : Essai d’Universalisme. L’Homme » 1935, Paul Otlet, p31
  17. « Monde : Essai d’Universalisme. L’Homme », 1935, Paul Otlet, p32
  18. Norman Ajari, « La Dignité ou la Mort » Editions La Découverte, 2019, p53
  19. https://www.independent.co.uk/news/long_reads/belgiums-genocidal-colonial-legacy-haunts-the-country-s-future-a7984191.html
  20. https://www.rtbf.be/info/medias/detail_des-incidents-racistes-au-festival-pukkelpop-ont-ete-signales-aupres-d-unia?id=9998869
  21. https://www.moustique.be/24358/derapage-colonialiste-d-une-soiree-africaine-aux-portes-du-musee-de-tervuren?fbclid=IwAR2MulSR1m9shSf90drEnejJnq2wwVSJEh6o-8IAEKql5WirIWLk3p9-9uE
  22. https://www.lavenir.net/cnt/dmf20161121_00918385/saint-louis-reagit-les-photos-des-etudiants-deguises-en-noirs-pas-prises-dans-les-locaux-de-l-universite

Opwaarderen en weglaten[edit]

Elodie Mugrefya[edit]

De tekst ‘L’Afrique Aux Noirs’ (Afrika Aan de Zwarten) werd geschreven door Paul Otlet, een personage dat Constant niet onbekend is. Op verschillende manieren was het Mundaneum en het werk van Otlet onderdeel van projecten van Constant, zoals Algolit en Mondotheek. Paul Otlet werd de laatste twintig jaar ook een bekende figuur van het Belgisch intellectualisme, romantisch afgeschilderd als een tragische held, een eeuwig onbegrepen genie.[1] In mijn onderzoek naar dit personage komt hij naar voren als een briljante, gepassioneerde en welwillende man, kortom een bijzonder persoon. Hij wordt onder andere omschreven als een universalist, utopist, documentalist, internationalist,[2] pacifist, socialistisch militant en visionair.[3] Het lijkt alsof de obscure tekst met de titel ‘L’Afrique Aux Noirs’, geschreven door Otlet toen hij 19 jaar oud was, nooit vragen heeft doen rijzen rond deze bejubelde figuur. Ik heb geen commentaar of kritiek op hem teruggevonden naar aanleiding van deze tekst. Ook in de eerder vermelde projecten van Constant moest de tekst het stellen met een eenvoudige vermelding, alsof deze het niet waard was dat we er even bij zouden stilstaan en in geen geval was het een weerspiegeling van de persoon die Paul Otlet was en van het erfgoed waarin hij zich positioneerde.

Mijn argument is dat de tekst ‘L’Afrique Aux Noirs’ even belangrijk is als de andere teksten, werken en projecten van Paul Otlet. Het is ook geen vervelende faux pas die we eenvoudig onder de mat kunnen vegen met als excuus dat het een jeugdzonde betrof. Otlet komt immers op geen enkel moment van zijn carrière terug op zijn woorden, maar zal ze veeleer bevestigen aan de hand van zijn professionele projecten. Het romantische portret dat van Otlet wordt geschilderd lijkt het moeilijk te maken om hem te bekritiseren, er ontstaat een soort bedoelde blindheid door voor de dingen die dit mooie plaatje mogelijk zouden kunnen besmeuren. Ik hou dus vol dat ‘L’Afrique Aux Noirs’ één van Otlets vele uitingen is met een fundamenteel racistisch karakter.

Iemand het stempel racist geven, is altijd gevaarlijk. Allereerst roept het buitenmaatse emoties op die zo sterk zijn dat de rest van het argument gemakkelijk verloren gaat. Ten tweede is het ook écht gevaarlijk, omdat het er eens te meer toe kan leiden dat racisme wordt teruggebracht tot het zeer problematisch idee dat het zich beperkt tot een essentieel individueel fenomeen. Kortom, dat racisme een probleem is van individuen onderling en niet een met name structureel mechanisme. Ik zal dus proberen te argumenteren waarom niet alleen de persoon maar ook het erfgoed van Paul Otlet door en door racistisch zijn. Wat niet wil zeggen dat hij in zijn vrije tijd handen van zwarten afsneed, alhoewel hij zeer lovend was over een dergelijk systeem ingesteld door Koning Leopold II[4]. Ik wil eerder aantonen dat hij actief deelnam aan een proces van danteske ontmenselijking van niet-blanke en vooral zwarte bevolkingsgroepen, dat het lijden en de onrechtvaardigheid legitimeert en normaliseert dat deze volkeren vroeger en vandaag nog steeds ondervinden. Otlet was trouwens zó enthousiast over het werk van Leopold II dat hij ernaar streefde om het Wereldpaleis in het Tervurenpark te bouwen, vlakbij wat toen nog het Paleis van Congo heette.[5] Het lijkt erop dat hij een waarachtige verwantschap zag tussen het Wereldpaleis en het koloniale project van Leopold, en dat hij dit wilde onderstrepen door een fysieke nabijheid.

De tekst ‘L’Afrique Aux Noirs’ begint met een observatie over een beweging die op dat moment in de Verenigde Staten opkomt. Deze beweging pleit voor een terugkeer van de zwarte Amerikaanse gemeenschap naar het Afrikaanse thuisland. De leider van deze beweging predikt een terugkeer naar Afrika om de Afrikaanse “valse goden” te verbranden en de “kannibalen er tot het christendom te bekeren”. Otlet prees deze beweging en erkende dat de zwarte Amerikaanse gemeenschap nooit gerespecteerd of geïntegreerd zou raken in een land waar ze gedurende eeuwen van slavernij op brutale wijze werd uitgebuit. Hij roept België vervolgens op om deel te nemen aan deze beweging, als een staat die al eerder “humanitair en christelijk werk” in Congo heeft verricht. Hij waarschuwt echter voor het gevaar de zo complexe en verfijnde Belgische beschaving met de Afrikaanse “wilde” beschaving te vermengen. De rol van België was volgens Otlet om als voogd op te treden van de zwarte bevolking, om er voor te zorgen dat de zaken zich positief ontwikkelden. Deze zwarte Amerikaanse bevolking, die al in contact was geweest met een “geavanceerde beschaving”, zou hierdoor in staat zijn om hun zwarte landgenoten uit de “Afrikaanse barbarij” te halen. Otlet moedigt Leopold II ten slotte aan het voortouw te nemen en deze nieuwkomers uit te nodigen in Congo, om hen er land aan te bieden en de ontwikkeling van een Afrikaanse samenleving te bevorderen. Er zijn twee belangrijke punten die volgens mij uit deze tekst moeten worden gelicht. Ten eerste dat Afrikanen fundamenteel slecht van aard zijn, omdat ze barbaars en immoreel zijn, en niet in staat zijn om zonder de hulp van de Westerse blanke bevolking in zelfbeschikking en voor hun eigen bestwil te handelen. Het tweede punt is dat Otlet zonder enige ondubbelzinnigheid zeer welwillend staat tegenover de koloniale onderneming, wat natuurlijk nauw samenhangt met het eerste punt.

Toen ik de tekst ‘L’Afrique Aux Noirs’ begon te bestuderen, kreeg ik meerdere malen en van heel uiteenlopende personen twee argumenten ter verdediging te horen. Het leek mij dan ook van essentieel belang om mijn argumentatie op te bouwen rond deze reacties en ze krachtig tegen te spreken, want het was verontrustend hoe vaak ik dezelfde meningen te horen kreeg. De eerste en meest ondraaglijke verdediging is om Otlet en zijn verwerpelijke uitingen te verontschuldigen omdat ze een tijdperk zouden weerspiegelen en niet de man zelf. De tweede verdediging is Otlet te vergeven vanwege de jonge leeftijd waarop hij ‘L’Afrique Aux Noirs’ schreef. Hij was immers maar 19 jaar oud.

Ik verwerp dit eerste, typische argument, dat altijd weer naar boven komt bij de deconstructie van teksten van welk Europees figuur uit het verleden dan ook. Ik weiger eenvoudigweg de stelling te accepteren dat Otlets woorden binnen de context van zijn tijd moeten worden beschouwd, dat zich ergens aan het einde van de 19e eeuw tot het begin van de 20e eeuw afspeelt (1868-1944). Het ondragelijke gevolg van dit argument is immers dat het Europese, blanke standpunt als de norm wordt beschouwd, ten opzichte van het andere, het zwarte, het vreemde, het wilde, het lelijke. Dit luie denkpatroon zorgt ervoor dat haat, minachting en geweld tegen Afrikanen wordt verontschuldigd, genormaliseerd en geaccepteerd. Dit Europese standpunt waarbij wreedheden worden uitgewist onder het mom van een vermeende uitzondering die geldt voor blanke Europeanen, die tegelijkertijd worden gezien als het hoogtepunt van het intellectueel denken. Juist dit standpunt heeft ertoe geleid dat het Westen, in zijn rol als kompas, zichzelf het recht, zelfs de plicht geeft om de rest van de wereld te regeren, om te bemiddelen over wat goed is en wat niet, om te beslissen wie leeft en wie niet. Dit is de overheersende attitude die Otlet in zijn tekst hanteert. Hij spreekt van een koloniserend en beschaafd Europa dat zich moet mengen in de zaken van Afrikanen en zwarte Amerikanen, als een agent van moderniteit en vooruitgang. Otlet is expliciet wanneer hij de bewering onderschrijft dat er een diepe tegenstelling bestaat tussen Europeanen, die voor complexiteit, finesse, intelligentie staan en Afrikanen die wreedheid, barbarij en moreel en intellectueel verval vertegenwoordigen. Dit zijn zijn woorden, niet de mijne.[6]

Dit is niet om te beweren dat het hiërarchiseren van de mensheid een exclusief Europese praktijk was. Maar het was wel in Europa dat de vermeende minderwaardigheid van bepaalde bevolkingsgroepen zo radicaal werd geaccepteerd als een absolute waarheid, zozeer zelfs dat hele generaties wetenschappers het door middel van veronderstelde wetenschappelijke accuraatheid probeerden te bewijzen.[7] De minderwaardigheid van zwarten was daarmee niet langer enkel een rechtvaardiging voor slavernij, maar werd een wetenschappelijke realiteit.

Zoals waarschijnlijk de meeste Europese kinderen leerde ik op school dat Europa haar grootsheid dankt aan de vooruitgang die tijdens de Eeuw van de Rede heeft plaatsgevonden. De Verlichting werd me uitgelegd als de ware ontplooiing van de menselijke geest en zijn uitzonderlijkheid. Deze triomf van de geest vond natuurlijk enkel in Europa plaats. Het was de Eeuw van de Rede die leidde tot werken over de menselijke rassen, toen Europese wetenschappers een tijdperk ingingen waarin alles moest worden geclassificeerd. Alles moest in categorieën worden ingedeeld: planten, stenen, dieren en mensen.[8]

Het is op deze classificatiedrang dat het model van culturele en wetenschappelijke erfgoedinstellingen, zoals musea, is gebaseerd. Museumcollecties weerspiegelen het samenvallen van die honger naar classificatie en de Europese, extreme verzameldrang; een combinatie die het werk van Otlet perfect symboliseert. ‘Otlet, de man die de wereld wilde classificeren’ (woorden van Françoise Levie, die zich beroept op een overdreven, naïef romantisme) begon dan ook met het classificeren en verzamelen van alles wat hij kon, om zo het idee te voeden dat Europeanen, als weldoeners van de mensheid, toegang moesten hebben tot alle dingen en alle kennis. De titel van Françoise Levie’s documentaire is een treffend voorbeeld van de blanke naïviteit waarmee Otlets werk tot nu toe is benaderd. Het probleem zit in de formulering van een dergelijke bijnaam als een impliciet goede eigenschap, waardoor de ideologieën die voortkomen uit het toepassen van een classificatie, zoals fysionomie, frenologie, ras maar ook de wrede erfenis ervan, volledig worden ontkend.

De wetenschappelijke benadering van racisme zorgde voor een fundamentele verschuiving van de logica waarmee racisme tegen zwarten zich verspreidde, waardoor niet alleen de slavernij maar ook om het even welk systeem van onderdrukking tegen zwarte mensen werd gelegitimeerd. De retoriek van minderwaardigheid, die fundamenteel verbonden is met de vorming van het begrip ras, diende als een aanduiding voor alles wat tot de wereld van het niet-blanke behoort. Zwart, geel, rood, enz. worden zo allemaal figuren van ‘de ander’ ten opzichte van blank. Zo ontstaat het onzichtbare systeem van whiteness’, waarbij de blanke noch hoeft te worden gedefinieerd noch gecategoriseerd, omdat hij het neutrale punt is en dus van daar uit de rest van de mensheid kan categoriseren. Mijn verwerping van dit eerste argument, dat het resultaat is van een eurocentrische logica, is een noodzakelijke geste om de gewelddadige ervaring van het anders-zijn te ontmaskeren, waarin mensen die als buitenstaanders van de blanke canon worden beschouwd door het Westen werden en nog steeds worden opgesloten.

Om het argument van de tijdsgeest voor ééns en voor altijd te begraven, wil ik ook nog wijzen op de feitelijke onjuistheid ervan. Reeds op het moment dat Otlet trots zijn afschuw uitsprak over de Afrikaan, met als voorwendsel een valse wetenschap, hadden heel wat Afrikaanse en Europese denkers al revolutionaire, antislavernij- en antiracistische geschriften op papier gesteld.[9] Zo schreef Olaudah Equiano, herdoopt tot Gustavus Vassa, in 1789 zijn autobiografie ‘The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano’, die een bestseller werd in de jaren na haar publicatie, 100 jaar vóór ‘L’Afrique Aux Noirs’. Dit boek is het eerste rechtstreekse verslag van de ervaringen van een voormalige slaaf. De autobiografie werd gepubliceerd in verschillende Europese landen en beschouwd als een bijdrage aan het toenemende antislavernijgevoel in Europa en de Verenigde Staten.[10] Hieruit blijkt dat Otlet niet eens een man van zijn tijd was, er was op dat moment voldoende documentatie voorhanden die zijn racistische vooroordelen over de intellectuele inferioriteit van zwarte mensen tegensprak. We moeten Otlet hard beoordelen, juist omdat hij een aanzienlijke en bevoorrechte toegang had tot kennis uit de hele wereld, en stelde dat hij een poort naar die kennis wilde creëren.

Als het antiracistisch denkgoed al in Otlets tijd beschikbaar was, dan toont dit aan hoezeer zijn racisme geen probleem van die periode was, maar veeleer een bewuste weigering om zijn racistische opvattingen, diep geworteld in het erfgoed van het Europese denken, tegen te gaan. Ik heb het niet zomaar over die weigering, want die kon ernstige gevolgen hebben. Als Otlet, en met hem vele andere Europese intellectuelen, zouden toegeven dat de Afrikanen inderdaad gelijk waren aan de blanken, zou heel het koloniale systeem zijn beschavingbrengende luister verliezen en nog slechts een monsterlijke onderneming zijn die louter en alleen werd gedreven door kapitalisme. Hoe zit het immers met de mooie gedachten van de Verlichting, met de theorieën die stellen dat individuele vrijheid een natuurlijk element van de mens is, als Afrikanen inderdaad óók mensen zijn? De ambitie van de Verlichting volgens Immanuel Kant, die herhaaldelijk wordt geciteerd in de werken van Otlet [11] en wordt beschouwd als een belangrijk figuur van de Verlichtingsbeweging [12], werd immers als volgt verwoord:

“Verlichting is het bevrijden van de mens uit zijn onmondigheid, waaraan hij zelf schuld heeft. Onmondigheid is het onvermogen zijn verstand te gebruiken zonder leiding van een ander. Deze onmondigheid is eigen schuld wanneer de oorzaak ervan niet ligt in gebrek aan verstand, maar wel in gebrek aan moed en wilskracht, het zijne te gebruiken zonder leiding van een ander. Sapere aude! Heb de moed je eigen verstand te gebruiken, aldus de kernspreuk van de Verlichting.”[13]

Bijgevolg doet het beschouwen van Afrikanen als mensen de fundamenten van de Verlichting ernstig wankelen. De ontmenselijking van de Afrikanen moest wel reëel gemaakt worden om de gruweldaden te kunnen bestendigen, terwijl de humanistische grandeur van de Verlichting behouden bleef. Cornel West en Achille Mbembe vestigen in hun kritiek op de slavernij en het kolonialisme op briljante wijze de aandacht op dit punt:

“De blanke overheersing is een integraal onderdeel van de Europese vooruitgang en de afschuwelijke slavernij van de Afrikanen is een voorwaarde voor de geleidelijke doorbraken van de moderne wereld.”[14]

“Als nakomeling van de democratie was de koloniale wereld niet de tegenpool van de democratische orde. Hij is er altijd de doorslag van geweest, of de donkere keerzijde. Er is geen democratie zonder haar doorslag, haar kolonie, ongeacht haar naam en structuur.”[15]

Ter afsluiting van dit argument wil ik erop wijzen hoe belangrijk het is om Otlets rechtvaardiging van racisme op basis van de tijdsgeest te verwerpen. We moeten de actieve rol benadrukken die hij heeft gespeeld in een systeem dat tot op de dag van vandaag miljoenen mensen heeft gedood, gemarteld en tot slaaf heeft gemaakt, waarbij het idee werd gekoesterd dat Afrikanen ondermensen zijn, vlees voor de slavernij. Deze ontmenselijking van de Afrikanen was zo’n effectieve strategie dat zelfs wanneer we er vandaag mee in contact komen, zoals via de tekst van Otlet, ze niet meer teweegbrengt dan een schouderophaling die de haat en minachting van weleer verontschuldigt. Alsof deze ontmenselijking geen enkele invloed zou hebben op de maatschappij van vandaag.

Dan is het nu de beurt aan het tweede argument, namelijk Otlets relatief jonge leeftijd bij het schrijven van de tekst. Ik betwist dit zeer zwakke argument, dat het resultaat is van een reële terughoudendheid om het probleem onder ogen te zien. Enkel al het lezen van het boek ‘Monde : Essai d’Universalisme’, geschreven door Otlet in 1935 (hij was toen dus 67 jaar), toont de inconsistentie van dit argument duidelijk aan. Hier zijn enkele uittreksels:

“Aan de andere kant moeten we een zorgvuldig onderscheid maken tussen onze superieure rassen en echt inferieure rassen, met kleinere hersenen, zoals Weddas, Axas, negers, enz. Hier is geen plaats meer voor fouten: de vermenging die goed is onder Europese rassen, wordt slecht bij mulatten.”[16]

“De rassen hebben, voor zover ze konden worden bestudeerd, eigen kenmerken. Zo zijn de hersenen bij het zwarte ras dus minder ontwikkeld dan bij het blanke ras, zijn de windingen ondieper en de zenuwen die vanuit dit centrum naar de zintuiglijke organen uitstralen veel volumineuzer. Vandaar een veel meer uitgesproken mate van perfectie in de organen, waarover ze meer lijken te beschikken dan waarover de intelligentie in mindere mate beschikt.”[17]

Het is moeilijk om te missen dat Otlet een bijna fetisjistische minachting voor zwarten heeft. Hij neemt immers de moeite om twee verschillende etnische groepen (de Awas uit het Amazonegebied en de Veddas uit Sri Lanka) te benoemen, terwijl hij heel globaal verwijst naar de ‘negers’ die volgens mij in Afrika een paar duizend verschillende etnische groepen beslaan. Dit haatdragend fetisjisme jegens de Afrikanen is terug te vinden in elke porie van het glorieuze Europese erfgoed, wat Norman Ajari heeft willen benadrukken in zijn vernietigende boek “La dignité ou la mort”. Onder de gestudeerde intellectuelen komen we onder meer weer Kant tegen, bij wie we hetzelfde gefantaseerde beeld van de wilde vinden als in de geschriften van Otlet:

“De negers van Afrika hebben van de natuur geen gevoelens gekregen die boven de onzin uitstijgen. Onder de blanken daarentegen is het een constante dat sommigen uit de laagste bevolkingsklassen opstaan en door de uitmuntendheid van hun superieure gaven enige aandacht krijgen in de wereld. Zo essentieel is het verschil tussen deze twee mensenrassen! Het geestelijk verschil lijkt even duidelijk als het verschil in huidskleur.”

“Zo zien we de verschijning van de neger die goed is aangepast aan zijn klimaat, namelijk sterk, stevig gebouwd, wendbaar, maar die, vanwege de materiële overvloed waarvan zijn geboorteland geniet, nog steeds lui, zacht en lichtzinnig is.”[18]

De gelijkenis tussen de ideeën en gebruikte taal is verbijsterend en toont aan in hoeverre Otlet niet zozeer een beroep deed op zijn persoonlijke verbeelding, maar veeleer op het Europees erfgoed, geworteld in het werk van racistische denkers als Kant.

Deze twee argumenten, die ik heb willen onderuithalen, tonen de retorische gymnastiek waaraan sommigen zich wagen om een glorieus, maar gefantaseerd Europees erfgoed intact te houden. Een erfgoed waarvan sommige personages de belangrijke referenties zouden zijn, waardoor ze meteen ook onaantastbaar worden. Het is inderdaad moeilijk om het eigen erfgoed op de korrel te nemen, want het is immers wat wij zijn. Of tenminste wat ons wordt geleerd:

  • België is ontstaan in 1830
  • België is een koninkrijk
  • België heeft grote namen voortgebracht waar we trots op mogen zijn: Jacques Brel, Hergé, Zuster Emmanuelle, Paul Otlet, enz.
  • België stond dankzij Koning Leopold II aan het hoofd van een rijk dat 60 keer groter was dan België.
  • ...

Dit erfgoed wordt ons zo onderwezen dat we het leren koesteren, om maar dit gefantaseerde idee van een natie, van het bijzondere dat we samen vormen, in stand te houden. Zo zijn we in staat om degenen die er deel van uitmaken en degenen die er geen deel van uitmaken te herkennen, maar het zet ons er ook toe aan om op onze hoede te blijven, net uit respect voor dit erfgoed. En als dit erfgoed is wat we zijn, moeten we ons verzetten tegen elke invloed die het zou kunnen aantasten. In het licht van deze kennis is het makkelijker om die arme drommels te begrijpen in het Tervuren Museum (het is een bewuste keuze om het niet bij zijn nieuwe naam te noemen, die ik als beledigend beschouw), die zich verwoed vastklampen aan het stoffige beeld van Leopold II als een vader die de beschaving brengt, als drenkelingen die zich krampachtig vasthouden aan hun boei. Of het publiek dat verontwaardigd is over de eis om standbeelden te verwijderen van diegenen, waaronder Leopold II, die de leiders waren van een van de dodelijkste regimes in de geschiedenis met naar schatting 10 miljoen doden.[19] Toch nemen we regelmatig aanstoot: racistisch gejoel op een muziekfestival[20], feestvierders in kolonistenkleren[21], studenten met een zwartgemaakt gezicht[22] en ik ben er zeker van dat er nog vele andere voorbeelden zijn. We nemen aanstoot en vergeten het weer, tot de volgende keer. Want daarin zit het probleem, niets in onze Belgische samenleving veroordeelt deze racistische ‘incidenten’, die zich bijgevolg blijven herhalen als microgebeurtenissen, die overduidelijk een systeem van onderdrukking aan het licht brengen dat zich nog niet gewonnen wil geven. Het is naar mijn mening dan ook dit protectoraat dat een soort identiteitscrisis genereert in culturele instellingen. De echte bestaansreden van deze instellingen, de bescherming van het Belgisch erfgoed, wordt plotseling in twijfel getrokken en naar de instellingen wordt met de vinger gewezen. Maar wat gebeurt er met een instelling, een museum, als het erkent dat zijn bestaan de manifestatie is van een systeem van ongekend geweld en dat zijn eigen activiteit onderdeel uitmaakt van dit geweld?

De stilte rond de tekst ‘L’Afrique Aux Noirs’ is een manifestatie van het fanatiek protectoraat van een gefantaseerd erfgoed, dat leidt tot een bijna vanzelfsprekend verlangen om de tekst met één handgebaar uit te vegen, zodat we ons kunnen concentreren op het goede, échte erfgoed van Paul Otlet. Alsof het geen geheel is dat in zijn totaliteit moet worden beschouwd, waaraan we het diep racistische en koloniale karakter van de persoon en het erfgoed kunnen aflezen. De studie van de Europese canon binnen zijn Europese context, of het nu gaat om Otlet of Kant, gebeurt door opwaarderen en weglaten. Het brengt enerzijds het voorrecht aan het licht van degenen die het zich kunnen veroorloven om verachtelijke ideeën te negeren, en anderzijds het geweld dat inwerkt op degenen die gewoonweg hun ogen niet kunnen sluiten.

  1. https://artsandculture.google.com/exhibit/QQ8iak0D https://www.google.com/doodles/mundaneum-co-founder-paul-otlets-147th-birthday https://daily.jstor.org/internet-before-internet-paul-otlet/ https://www.lepoint.fr/high-tech-internet/doodle-google-celebre-paul-otlet-le-cofondateur-belge-du-mundaneum-23-08-2015-1958561_47.php https://www.altaplana.be/en/dictionary/otlet-paul https://www.cairn.info/revue-de-la-bibliotheque-nationale-de-france-2012-3-page-5.htm
  2. Mondotheek: een een irradiërend boek, p. 210.
  3. https://en.wikipedia.org/wiki/Paul_Otlet
  4. Paul Otlet, ‘L’Afrique Aux Noirs’, 1888, pp. 1–2.
  5. ‘L’homme qui voulait classer le monde’, Françoise Levie, https://www.youtube.com/watch?v=HieMJSgnkSE (26m30s tot 26m 55s)
  6. Paul Otlet, ‘L’Afrique aux Noirs’, 1888, p1
  7. ‘Skulls in Print: Scientific Racism in the Transatlantic World’, https://www.cam.ac.uk/research/news/skulls-in-print-scientific-racism-in-the-transatlantic-world ‘A Brief History of the Enduring Phony Science that Perpetuates White Supremacy’, https://www.washingtonpost.com/local/a-brief-history-of-the-enduring-phony-science-that-perpetuates-white-supremacy/2019/04/29/20e6aef0-5aeb-11e9-a00e-050dc7b82693_story.html.
  8. Podcast Scene on Radio – Series: ‘Seeing White’, episode 8 (7m 25s tot 8m 03s).
  9. Podcast Scene on Radio – Series: ‘Seeing White’, episode 4 (10m 12s tot 12m 50s).
  10. https://en.wikipedia.org/wiki/Olaudah_Equiano.
  11. ‘Monde : Essai d’universalisme. L’Homme, 1935, Paul Otlet, p. 17; “Monde : Essai d’universalisme. La Société’, 1935, Paul Otlet, pp. 191 & 193; ‘Monde : Essai d’universalisme. Le Monde selon l’espace’, 1935, Paul Otlet, pp. 6 & 7; ‘Monde : Essai d’universalisme. Le Monde au point de vue du sujet : le Moi’, 1935, Paul Otlet, p. 12; ‘Monde : Essai d’universalisme. L’Inconne. Le Mystère’, 1935, Paul Otlet, p. 6.
  12. https://www.britannica.com/biography/Immanuel-Kant.
  13. Immanuel Kant, ’Réponse à la question : Qu’est-ce que les Lumières’, https://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Quest-ce-que-les-Lumi%C3%A8res%EF%80%A5-1784.pdf.
  14. Cornel West, geciteerd in het boek van Norman Ajari, ‘La Dignité ou la mort’, edities La Découverte, 2019, p. 81
  15. Achille Mbembe, geciteerd in het boek van Norman Ajari, ‘La Dignité ou la mort’, edities La Découverte, 2019, p. 62.
  16. ‘Monde : Essai d’universalisme. L’Homme’ 1935, Paul Otlet, p. 31.
  17. ‘Monde : Essai d’universalisme. L’Homme’, 1935, Paul Otlet, p. 32.
  18. Norman Ajari, ‘La Dignité ou la mort’, Editions La Découverte, 2019, p.53.
  19. https://www.independent.co.uk/news/long_reads/belgiums-genocidal-colonial-legacy-haunts-the-country-s-future-a7984191.html.
  20. https://www.rtbf.be/info/medias/detail_des-incidents-racistes-au-festival-pukkelpop-ont-ete-signales-aupres-d-unia?id=9998869
  21. https://www.moustique.be/24358/derapage-colonialiste-d-une-soiree-africaine-aux-portes-du-musee-de-tervuren?fbclid=IwAR2MulSR1m9shSf90drEnejJnq2wwVSJEh6o-8IAEKql5WirIWLk3p9-9uE
  22. https://www.lavenir.net/cnt/dmf20161121_00918385/saint-louis-reagit-les-photos-des-etudiants-deguises-en-noirs-pas-prises-dans-les-locaux-de-l-universite